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Une vie rêvée?

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Une vie rêvée?

 

"...Je suis tortue et je suis belle
                 Il ne me manque que des ailes
                            Pour imiter les hirondelles..."
                                                                      Desnos


                                                

Lundi 31 mars 2008
"Et puis un jour, on ose relever la tête. Enfin, pour moi, cela s’est traduit comme cela : j’ai commencé à arpenter la vie en ne contemplant plus le sol, courbée que j’étais sous le poids de mon encombrant boulet, mais redressée, regardant les autres dans les yeux, et l’horizon vers lequel j’allais..." était-il écrit.

Bien que cela me plairait d'avoir trouvé ici, la formule magique...

Bien que je pense que c'est en changeant de point de vue sur les choses, qu'on trouve la plupart du temps ses solutions.

Bien que j'ai envie de réagir, de témoigner que moi aussi, j'ai décidé un jour de lever la tête, quitte à ne pas être trop sûre que ça me ressemblait.

Bien que j'ai envie d'oublier ce qu'on peut lire dans certains regards, dans certaines réponses à des questions pourtant faites la tête haute.

Bien que j'ai pu comprendre que les boulets encombrants sont parfois bien rassurants et que ce ne sont pas toujours eux qui nous font se tenir courbés.

Bien que ...

Ce soir, j'ai envie d'y croire.


Elle, elle y a cru. Eux aussi.


Dimanche 30 mars 2008
L'humanité se divise en deux camps bien distincts que tout oppose irrémédiablement.
La ligne de fracture passe très précisément au milieu de la table de ma salle à manger...
Au Sud "c'était pourtant bien" (Non! je rigole!) la cagette reconvertie en vide-poche, boite aux lettres de transition, porte factures, garde catalogues ...
Au Nord "c'était les corons" (Ok,j'arrête!) s'étend une place plutôt dégagée qui n'est que provisoirement occupée par des assiettes, verres, couverts, ou une machine à coudre et des tissus, ou des trucs écrits sur des carnets, des dessins...
Il y a ceux qui gèrent, qui prévoient, qui classent, c'est eux qui sont au Sud de la table.
Et puis il y a ceux qui sont plus spontanés : ils créent, ils essaient des choses, ils font, défont, c'est pas grave...C'est ceux du Nord.
Alors, jusqu'à présent, il n'y a pas de problème...Je veux dire: ils vivent pacifiquement, chacun a son pôle. Toute invasion de l'espace de l'autre camp est très vite régulée, chaque partie sait qu'elle est indispensable à l'autre. Quelle vie frustrée sans plus pouvoir créer, embellir ou juste s'exprimer! Et à quelles galères on peut arriver si les papiers ne sont pas un minimum gérés?

-Je vous l'accorde...Mais revenons-en aux faits...

-Et bien, je ne sais pas bien ce qui s'est passé...J'ai bien une petite idée, quoique mais c'est un peu compliqué à expliquer...

-J'ai tout mon temps.

-Ah oui?...Donc, il est possible...Parce que j'ai eu mon projet de nouvelle qui est resté un certain temps à la limite de son camps qui était déjà occupé par la fabrication d' un sac en tissu...Alors, je me dis qu'il est possible que par exemple, un des chats de la voisine soit entré quand j'étais en train d'étendre le linge devant la porte...Mais ils sont rapides, vous savez, je ne sais quelle race c'est mais ça galope!

-...

-Donc qu'un des chats soient rentrés et qu'il ait avec sa petite patte glissé par exemple sur l'enveloppe qui se serait retrouvée dans les papiers pour la nouvelle...Qui était aussi à la limite de son camps car elle allait bientôt être postée, donc passer par la cagette donc...enfin je vous fais pas de dessin.

-...

-Si???...Je comprends bien que ça peut paraître incroyable...ça n'est qu'une hypothèse après tout...

-Et vous n'avez pas d'enfants je crois. Mis à part les chats de la voisine, votre compagnon? vos colocataires?

-Personne d'autre, je vis seule!

-L'humanité se divise en deux camps au milieu de votre table? à vous toute seule?

-Mais elle est grande...

-???

-La table.

-J'avoue avoir un peu de difficultés à comprendre comment s'organise votre grande table,  et sa...géopolitique. Je vous fournis une copie de l'échancier qui semble avoir disparu de par
sa position stratégique ...

-Merci...

-Méfiez-vous des chats et saluez les gens du sud de ma part...Au revoir.

Elle quitta la pièce en se demandant ce qu'elle pourrait inventer pour le mois prochain..."J'ai le temps d'y penser d'ici là..."

Il ferma la porte derrière elle et se fit la réflexion qu'il faudrait qu'il se dégage quelque part chez lui un coin. Petit  pour commencer. "Mais au Nord."


La première phrase a été trouvée
ici.
D'autres géopolitiques?


Samedi 29 mars 2008
Ça y est enfin. Cela fait des semaines que je pense à ce moment. Comme le dit le dicton coréen, « le meilleur moment quand on fait l'amour, c'est quand on monte les escaliers ». Un bordel monstre règne dans et sur mon bureau. Rien à battre. Comme le dit un dicton mexicain, " le meilleur moment pour ranger, ça n'est pas quand on part".
Et aujourd'hui, je pars.
Lendemain de fête de la musique, je vadrouille dans les rues encore parcourues à ces heures matinales par quelques fêtards, musiqueux ou éthyliques. L'évitement des tessons de bouteilles n'effraient pas mes semelles bon marché. Le poids de mon sac me semble tout relatif, c'est une masse plus lourde que je laisse derrière moi.
Me voilà dans le train au milieu des autres avec cette musique intérieure qui m'accompagne. Mon coeur palpite, mon esprit s'évade. Il m'amène loin des miens mais au plus près d'un autre coeur, au plus proche d'un autre corps, dans une contrée lointaine et encore en travaux. Work in progress.
La gare de la fin de la Terre ou presque et un accueil dans ses bras au milieu de ce nulle part. Quelques jours d'apprentissage, amoureux et sensuels. Des ébats maladroits, des tendresses complices. Je suis en pleine période d'attachements, détachements, de prise d'autonomie et parallèlement de forte dépendance. Doit-on toujours rester collé à quelqu'un? Nos histoires nous rapprochent et nous nous servons réciproquement de tuteur. Mais voulons-nous rester des soutiens, des béquilles qui viendraient combler nos détresses familiales et maintenir trop droit le chemin de nos deux vies ? Juste par besoin de se rassurer?
Nous avons 20 ans et des routes il y en a. Prendre des nationales plutôt que l'autoroute ne nous amenent pas forcément à aller dans la même direction.

J'avais 20 ans et mon complexe de séparation m'aurait plutôt mené à suivre ses pas ou à prendre l'autoroute tant continuer à marcher seule m'effrayait. J'aurais eu trop peur de me perdre.
Il m'a quitté.
J'étais encore étourdie de ces découvertes et pour un peu de temps, ma route se dessinait assez précisément. J'ai continué seule. Je pensais alors rencontrer quelqu'un pour discuter de la suite du parcours, passant de nationales en départementales, savoir où se situeraient les virages qu'on pouvait prendre. Je me suis même approchée de l'autoroute et, happée par quelqu'un, j'ai parcouru un certain temps l'asphalte polissé, la normalisation, la performance et la vitesse du réseau. Avec les moyens qu'ils ont, c'est sûr, tout y était clair et on y voyait loin mais reprenant mes anciennes cartes j'ai bien vu que je m'en éloignais...A une gare de péage, je me suis enfuie.

Toujours en marche, work in progress, j'ai recroisé il y a peu mon amoureux des 20 ans.  Il n'a pas eu ma chance...La chance d'avoir été protégé dans ses fragilités et d'avoir pu se bricoler des soutiens qui ne s'asphyxient pas mutuellement,  par emprise.

Il a eu l'air surpris quand je lui ai dit "Merci".



Et les autres?
Et si, c'est lui qui le dit!

 

Samedi 29 mars 2008
Certains soirs, pour faire mon intéressant, il m'est arrivé de monter sur une chaise, de me draper dans un torchon à carreaux et de déclamer une poignée de vers avec des accès de lyrisme proportionnels à mon taux d'alcoolémie. Il s'agissait de l'extrait suivant : « C'est pas marqué dans les livres / Le plus important à vivre / C'est de vivre au jour le jour / Le temps c'est de l'amour ».
J-L : Très belle chanson de Pascal Obispo! Formidable chanson! Et donc pour revenir à ces moments d'errance...C'est dur à vivre, je veux dire, le regard des autres le lendemain, j'imagine que c'est...D'ailleurs il semble que si votre copine vous ait quitté pour votre boucher, c'est un peu lié, non?
A. : Oh, je sais pas. Elle adorait Pascal Obispo. Je choisis rarement mes chansons par hasard, même saoul!!... ça doit être ça l'inconscient! Par contre, pour ce qui est de mon meilleur ami, de ma famille...
J-L : Allons, alons,à "ça se parle" , on est là pour ça! Nous reviendrons sur votre témoignage plein de pudeur d'une vie réduite à néant dans quelques minutes. Et puis, le côté positif, c'est que, vous, au moins, vous devez pas souvent être choisi pour être capitaine de soirée!!
Rires dans le public
J-L : Eh bien A., nous vous remercions encore de ce poignant témoignage. Nous vous retrouvons tout à l'heure!
(regard vers la caméra) "L'alcool a ruiné ma vie", c'est le thème de notre émission ce soir. Qui de me mieux  placée que Corinne P,  qui a joué le rôle d' une assistante sociale dans "Louis la brocante" pour parrainner cette soirée? Bonjour Corinne! Comment allez-vous? Peut-être avez-vous d'ores et déjà un conseil à donner à A.?...


Les autres témoignages?

Notre directeur artistique de la préparation de ce "ça se parle"? C'est par là
Jeudi 27 mars 2008
Vous savez pas la dernière ? Il parait que j'ai un blog. Oui, oui, un de ces machins sur Internet où je raconte ma vie.

Ben, ça aurait pu me faire plaisir que des gens m'en parlent. Ca aurait pu être des gens qui m'auraient dit "Wahou, c'est dingue!! Ce que tu me dis-là, justement, j'ai lu un truc de quelqu'un qui disait à peu près la même chose avec un esprit d'analyse clair et tout! C'était sur un site perso...Un klog...Tu connais pas les klogs?? Quoi un blog? T'es sûre? Bon appelons ça un blog si tu préfères...".
Je suppose que je me serais sentie comme Don Diego de la Vega (la personne normale qui se cache sous le masque de Zorro). J'aurais pris un ton détaché (de rigueur quand on ne veut être démasquée) et j'aurais essayé discrètement d'en savoir plus sur la fréquence de lecture dudit blog, des autres articles, tenté d'obtenir un avis sur l'esthétique, la bannière ("La quoi? Aaaahhh tu parles du truc avec le titre!!") .


Ou bien ça aurait pu me faire honte que des gens m'en parlent. Situation : Elle n'a de yeux que pour lui.
Lui : Tu vois par exemple, je pense qu'il y a vraiment un truc super narcissique avec les blogs. C'est le degré extrême de l'égocentrique, un comportement d'un exhibitionnisme dingue...
Elle : Heu, tu sais, c'est pas forcé...enfin, ça dépend...
Lui:  Non mais attends, on parle bien du truc où tu racontes ta vie sur internet...ça encourage le voyeurisme à donf! C'est le 1/4  d'heure de gloire instantané... Mais le talent n'est pas partout...
Elle : Heu...
Lui : Mais j'dis ça...T'as pas un blog quand même? Si !?

Ca aurait pu aussi bien rien me faire du tout. Genre on parle avec quelqu'un à qui on explique qu'on aime bien écrire des fois sur un blog. Et la personne répond : "Ah bon" (mais pas surprise).



Ca aurait pu...
Mais ça me fait juste peur.
17h36 : je rentre chez moi et croise ma concierge en grande discussion avec le nouveau voisin du premier. On se salue et au "comment allez-vous?" du voisin, la concierge enchaîne "Oh vous savez, hier l'humeur était un peu triste...Mais lundi et mardi, elle rigolait déjà davantage! Est-ce que c'est d'avoir appris que Romain Duris avait une nouvelle conquête...?"


D'autres histoires de blog?


Elle aussi, il paraît qu'elle en a un (qui a inspiré ces nombreuses histoires de blog)...




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