J'avais entendu parler de ce film il y a un petit moment, et voilà que je l'ai trouvé récemment à la médiathèque.
J'avais des craintes : Ce film ne serait-il pas trop triste? N'allait-il pas plombé ma soirée?[autant des fois, j'aime être dérangée par des films durs, autant en ce moment, précisément, je n'avais pas envie de ça] Ne ressemblerait-il pas à "violences des échanges en milieu tempéré"?
Et puis finalement, au générique de fin, je me suis dit "Whaou".
...Petit avertissement : dans la suite de ce billet, je vais parler de la fin...
Ressources Humaines, c'est le service dans lequel Frank va faire son stage. Frank est fils d'ouvrier, il a fait de grandes études qui le destine à bosser en usine...mais dans l'équipe de direction.
Je le trouve plutôt sympa, ouvert, honnête. La particularité de son stage (le film se déroule sur cette période uniquement : unité de lieu et de temps) est que l'usine en question est celle dans laquelle travaille son père. Je me suis demandée après coup ce qu'il était venu y chercher d'ailleurs. Peut-être sa place, peut-être à aider son père en pesant sur les choix de direction de son lieu de travail.
Bref, ce qui m'a beaucoup interrogée, c'est dès le départ, la position dans laquelle Frank se retrouve enfermé dès son arrivée : jugé trop snob par ses amis d'enfance, trop "patron" par une syndicaliste, trop naïf par son père... Bref, avant même d'ouvrir la bouche et de chercher à le connaître, le voilà étiquetté, agressé, critiqué. Il s'en défend plutôt bien, à mon avis. Mais rien n'y fait, il n'est pas considéré comme étant le même.
Pourtant, devant une "mauvaise" décision patronale, il saura vite choisir son camp, se rallier aux ouvriers et agir réellement pour défendre ses convistions et son idée de la justice.
La fin de ce film est peut-être une des meilleures fins de films que j'ai vus. En ce sens quelle ouvre à la réflexion tout en synthétisant beaucoup de questions abordées.
Frank discute avec Alain, un des ouvriers qui est devenu confident et complice, lui annonce qu'il rentre à Paris le lendemain. Alain lui répond que c'est mieux, "Ta place n'est pas dans ce trou". Frank lui retourne la question "Et toi? Tu fais quoi? Ta place, elle est où?"
J'aime beaucoup cette réponse qui laisse d'ailleurs Alain muet. Y aurait-il donc des lieux, où l'on est condamné à subir ou à partir? Qui peut s'autoriser à définir sa place? Y-a-t-il besoin de faire des études pour cela? Quel intérêt y-a-t-il à subir, et à rester? Et puis, ce qui est beau dans le personnage de Frank, c'est son obstination à vouloir briser les barrières entre catégories sociales, lui le transfuge, le fils d'ouvrier, futur patron d'usine. Renvoyer à Alain cette remarque, c'est le reconnaître en égal, ce qu'il est bien évidemment mais comme il ne se place pas. Pas encore.