...Humeurs, Critiques, Etats d'Ame, Passages, Madeleines et autres Fruits de Mavie...
Ce matin, entre Adler et Duhamel, l’immuable créneau de ma douche d’avant départ au boulot, agitant mes mains ensavonnées je fais tomber mon alliance.
Je la remets aussitôt mais avec beaucoup de difficultés qui me seront l’occasion de plusieurs vagues d’interrogation lors des minutes et heures suivantes, du séchage aux rebutantes tâches journalières et néanmoins professionnelles.
Ce n'est pourtant pas la première fois qu'elle quittait mon doigt, que ce soit volontaire ou pas. Je n'ai jamais vraiment aimé les symbôles de toutes façons. Les "on-se-tient-la-main-dans-la-rue" et autres enveloppes marquées à un seul nom. Le tien. Je t'ai toujours dit, du premier soir où on s'est embrassés que je me fichais un peu des paroles, des mots...Je voulais, je veux des actes. Notre amour, j'ai toujours voulu le voir, le ressentir, pas l'entendre ou le lire.
Mais pourtant, là, accroupie devant la douche, il ne m'est pas venue une seule fois à l'idée de la placer dans ma poche pour la remettre plus tard. Non, je me suis...acharnée pour qu'elle rentre. Et j'ai réussi.
Dans le miroir de l'ascenseur, je n'ai vu que son reflet. Dans le bus, le métro, machinalement, c'est bien elle que je caressais.
Bien sûr, je me revoyais dans d'autres circonstances. Cette nuit où je t'attendais, inquiète, je la faisais tourner entre mes doigts. Pour cet entretien d'embauche (quelle bêtise d'ailleurs quand j'y repense!), je l'avais retirée juste avant d'entrer dans le bureau. Il fallait que j'efface ma vie privée, du moins à ce moment-là, c'est déjà tellement compliqué quand on est une femme.
Alors, ce matin, en écoutant Duhamel, qu'est-ce qui se passait dans ma tête? Pourquoi cette rage?
...
Peut-être parce qu'on m'avait prévenu "Une alliance, ça s'enlève pas! Prends garde que ça ne te porte pas malheur!".
Une prophétie, vieille comme le monde.
Et moi, tremblant de rage dans cette salle de bain. Une vision de ma main déformée par les larmes.
Ma main libre, ma main indépendante, ma main que tu m'as rendue prématurément.
Ma main veuve.
Comme moi.