Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots.
...
Je pourrais laisser une page blanche. Mais tu ne comprendrais pas.
Un dessin, peut-être. Mais comment dessiner ça? Comment ça se dessine, cette impression d'avoir été manipulée? Est-ce que j'arriverais à figurer cette sensation que tu me poussais à la faute, vers l'erreur qui te facilitait le reproche appuyé?
Je ne crois pas.
...
Non, cette fois, je ne me laisserais pas envahir par ce foutu contre-courant, cette fausse culpabilité! Ces idées-là qui me reviennent en tête et finiraient par m'envahir. Elles me disent que dans une relation, on est deux et que l'autre n'est responsable que de ce qu'on lui permet. Elles me rappellent mes petites lâchetés, mes sourires publics, mes renoncements faciles.
Ces idées-là, je n'en veux pas.
Non, cette fois, je crois que j'ai compris. Ces liens qui n'étaient que des chaînes. Mon impossibilité à pouvoir te dire ces choses. Tes exigences. Mes sacrifices.
Alors, oui, c'est peut-être pas réaliste, sûrement trop manichéen. Je passerais probablement encore beaucoup de temps à tenter de me souvenir, à ré-interpréter ce qui s'est dit ou fait. A me dire que c'était peut-être pas ta faute...
Mais la différence, c'est qu'aujourd'hui, je réalise que je n'ai pas commis de faute, à proprement parlé, moi non plus. Et cette idée, elle me rend forte.
Ce soir-là, il est rentré un peu tard. Un peu penaud aussi. Il avait bu, fêté avec ses copains la victoire au rugby. Il s'est assis tout près d'elle, sur le canapé,l'a encerclée de ses bras, et serré son dos contre son torse. Elle ne s'est pas dégagée.
Il lui a dit : "je sais que c'est difficile, que t'aurais aimé que je sois là auprès de toi...". Il a voulu qu'elle se tourne vers lui, il voulait voir son visage.
Et ce qu'il a vu dans son regard ce soir-là, croyez-moi, il n'a pas eu besoin de mot pour le comprendre.