...Le hall est vide, c'est rare. Je me fais la réflexion d'avoir eu une bonne idée en venant aussi tôt pour effectuer mes démarches. Trois guichets sont ouverts, à peine plus de clients. J'attends.
Une des guichetières me fait une drôle d'impression, elle interpelle ses collègues, le sourire en coin. Sa voisine rit de ses blagues de façon exagérée.
J'essaie de comprendre ce qui peut les agiter et me donner l'impression d'assister à une scène de classe avec la leader et son clan. Petites provocs et sourires complices.
Le client précédent part et je me trouve face à la "chef de bande". Elle me répond machinalement, pianotant sur son ordi le sourire en coin. "Hé! Maryse! Maryse!" Maryse ne l'a pas pas entendue mais elle ne se décourage pas, elle souffle juste, elle en avait une bonne à lui raconter.
Un petit sous-entendu glissé à Catherine, voir si elle craint de se faire taper sur les doigts par "tu-sais-qui", petit sourire malicieux. Mais Cathy est sur autre chose et répond par un "Ouais, on verra bien...pas grave...m'en fiche...". Bref, nada.
Il manque un formulaire qu'elle doit aller chercher derrière. Comprendre derrière la mince cloison, séparant guichets et bureaux. Sans rien dire, elle disparaît. J'entends alors sa voix s'élever de "derrière", parler de Claudine, de tout à l'heure, de tout ça. Petites piques glissées ici et là.
On parle aussi de la réunion. Puisque c'est cette nouvelle qui agite.Un peu plus tôt, une employée est passée en saluant , en demandant si tout allait bien. "Ben tu sais, c'est aujourd'hui, la réunion." La réunion...(soupirs)
Elle revient, me tend l'imprimé toujours avec une indifférence totale.
Une employée passe par là et déjà elle repart (au sens figuré), l'interrogeant sur sa prochaine formation, essayant de lui faire cracher un morceau : une dérogation pour l'avoir obtenue, une obligation de s'y rendre, bref une rancoeur cachée quelque part peut-être ? Apparemment non . Sa collègue ne lui fait d'ailleurs pas de révélations croustillantes, sa formation était prévue et elle ne la subit pas, rien à en dire.
Le sourire se fait plus discret chez la chef de bande. Je m'amuse à y voir une sorte de...déception?
Mes opérations touchent à leur fin. Alors que je range mes affaires, une employée traverse le hall, les yeux au ciel et glisse entre deux soupirs : "Heureusement que je suis allée voir! Ils avaient mal mis le panneau pour signaler la fermeture de cet aprem! tu sais, pour la réunion...Heureusement que j'ai été voir..."
Re-sourire+ air satisfait.
"Ils" n'ont qu'à bien se tenir. La réunion promet d'être chaude. Ou pas d'ailleurs. C'est tellement facile de pourrir des gens dans leurs dos.
Je fuis au plus vite cette agence, cette ambiance.
Il parait que j'ai meilleure mine depuis que je suis au chômage.